24 mars 2006

Mgr Rouet de Poitiers s'explique

Mgr Albert Rouet 

1- Etre l'Eglise là où on vit

Avant d’être la mise en place de nouvelles structures, l’intuition des Communautés locales est une vaste mission à travers le diocèse. Chaque baptisé et confirmé a reçu l’appel et la vie du Christ. A son tour il est envoyé par l’Esprit comme témoin de l’Evangile. Un chrétien rayonne l’amour de Dieu, du seul fait d’être chrétien. Mais le sommes-nous ? La situation actuelle nous demande de nous convertir à la confiance que Dieu nous fait en se donnant à nous.

Dieu qui partage avec nous son alliance, nous rassemble en Communautés où chacun est reconnu. Car Dieu prend chacun au sérieux. Ainsi “La communauté devient signe de la présence de Dieu parmi les hommes et elle vit déjà sa mission” (Routes d’Evangile, 72).

La base, le lieu premier de communion et d’impulsion, reste le Secteur (RE 811). Mais il n’est pas un bloc qui centralise tout et crée du désert. Il doit unir et impulser “en veillant à maintenir des Communautés vivantes” (RE 8110). D’où l’importance de ce mouvement de va-et-vient entre le Secteur et la Communauté locale, qui respecte la vie des Communautés et leur fait vivre la communion, grâce à un même projet pastoral.

Là où vit une équipe de chrétiens, là est l’Eglise, là est le Christ. Aucun lieu n’est abandonné de Dieu : “Car où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux” (Mt 18,20).

Au milieu des difficultés du début du IIIe siècle, Tertullien écrit ces lignes que je livre à votre méditation :

“L’Eglise, au sens propre et éminent du terme, c’est l’Esprit lui-même... C’est lui qui unit l’Eglise... Ainsi, désormais, toute réunion de personnes unies dans la même foi, et quel que soit leur nombre, est reconnue comme Eglise par celui qui l’a fondée et consacrée”.


2- Le Christ ne désespère pas de nous

Quand Jésus arrive sur terre, la période était sombre : “Il n’y a plus de prophète”, “il n’y a plus de parole de Dieu”, partout on entendait dire cela. Et le pays était occupé par les Romains. Paraît alors Jean-le-Baptiste. Survient le Christ. Dans les déserts eux-mêmes, Dieu fait jaillir des sources. Nous avons encore tant de possibilités !

- Il n’y a plus personne : D’abord ce n’est pas sûr. Il faudrait y voir de plus près. On est surpris de trouver quelqu’un quand on se rapproche des gens. Ensuite, c’est donc l’heure d’appeler. Il y a des ouvriers de la 11ème heure qui attendent (Mt 20,17).

- On ne saura pas faire : Raison de plus pour essayer et pour apprendre. Le Secteur vous soutiendra. Il existe des formations. Et voyez : le Christ aime à travailler avec des gens peu capables (1 Co 1,26).

- On le fait déjà : Eh bien non ! Vous faites des activités d’aide. Il reste à constituer une équipe de responsabilités différentes. Il reste à créer, sur place, un signe de la mission de l'Eglise qui est plus large que des générosités individuelles. Il reste à faire surgir, là où vous vivez, une preuve vivante de la communion.

- Pourquoi une installation ? Parce que ce n’est pas d’abord une tâche que vous remplissez, mais une mission reçue, ensemble, de l'Eglise diocésaine. Parce que votre charge devient légitime et reconnue par tous. Parce que votre fonction est publiquement et officiellement annoncée à tous les habitants.

Car il ne s’agit pas d’abord de faire marcher une nouvelle structure. Il s’agit de répandre, au milieu des hommes qui vous entourent, la vie, l’amour, le goût de l’Evangile (son “sel”) et d’apporter dans la vie de la Communauté les joies et les peines de ces hommes : c’est le pain de notre prière.

Tout ne part pas à vau-l’eau ! Créer un nouveau visage d’Eglise est un acte d’espérance. L’Evangile est bien vivant : il appelle, il envoie. Les Communautés locales, les Equipes d’animation Pastorale, les Catéchumènes, le diaconat, le séminaire, les nouvelles équipes des Mouvements apostoliques... “Levez les yeux et regardez les campagnes, elles sont blanches, prêtes pour la moisson” (Jean 4,35). L’espérance n’attend pas. Elle nous convoque à répondre.


3- L'équipe de base

L’équipe de base n’est pas la Communauté. Elle est une équipe au service de la Communauté qui, elle, regroupe tous les baptisés. Au milieu des hommes, la Communauté vit et témoigne de l’Evangile. L’équipe de base est au service de cette mission.

Il est important qu’elle existe comme équipe. Les cinq charges ne sont pas des voies parallèles. Il ne suffit pas de se dire : pourvu que le travail soit fait ! D’ailleurs, si chacune des charges travaillait toute seule, elle ne remplirait pas bien sa mission.

L’annonce de la foi concerne aussi la manière de prier. L’exercice de la charité témoigne de la foi. Il est donc important, pour chaque charge elle-même, de collaborer à la mission des autres : d’où la nécessité de l’équipe de base. Chacun y a besoin des autres fonctions pour bien remplir sa tâche.

Les réunions de l’équipe de base doivent être régulières et assez rapprochées, pour être efficaces. Le Délégué pastoral les préside et les anime. Le prêtre y est toujours invité. S’il ne peut y être présent, le délégué pastoral lui fait un compte-rendu. D’autres personnes peuvent y être invitées, selon les sujets traités ou les urgences.

Il est bon d’avoir un cahier pour noter en quelques lignes les points principaux abordés et les décisions prises afin d’assurer un suivi. Au début d’une réunion, il est bon de faire le point sur les suites données aux précédentes rencontres.

Il n’est pas nécessaire qu’une réunion soit longue. On gagne du temps à préparer un ordre du jour précis ; on en gagne aussi quand chacun prévoit à l’avance ce qu’il veut dire. Le temps prévu pour la rencontre sera ainsi respecté.

Dans une réunion, il faut se demander comment fonctionne le va-et-vient avec le Secteur, en quoi le sujet traité peut concerner d’autres Communautés;

Il faut prendre du temps pour échanger sur la vie des hommes, sur les événements marquants de la vie des personnes de ce territoire. C’est là où une attention au travail des Mouvements apostoliques est utile.

Enfin, prévoir un temps de prière avec la Parole de Dieu, au début, au milieu ou en fin de rencontre, place le partage dans la fidélité au Christ.


4- Le délégué pastoral

Son travail est avant tout un travail de lien, de mise en contact, de communion. C’est pourquoi il est l’animateur de l’équipe de base.

Cette mission possède deux dimensions inséparables :

• Il sert la communion entre tous les membres de la Communauté locale, plus largement donc que l’entente entre les personnes de l’équipe de base.

• Il fait le lien avec le Secteur pastoral et, à ce titre, il veille particulièrement à la rigueur de ce “va-et-vient” qui unit sa Communauté au Secteur. Il est l’interlocuteur habituel - pas le seul, bien sûr ! - du prêtre à qui il décrit la vie de la Communauté.

Dans la vie d’un groupe humain, il est inévitable que surgissent des conflits. Saint Paul l’écrivait déjà (1 Co 11,19) ! Ils peuvent devenir un élément de progrès si on s’attache objectivement à voir les difficultés, à saisir ce qui est en cause, en évitant à tout prix d’y voir une opposition de personnes mais en cherchant comment dépasser les points de vue particuliers. Il est nécessaire de faire exprimer complètement ces points de vue.

Le Délégué Pastoral veille à l’appel : pour sa propre charge, mais aussi pour les quatre autres. Il pense à ce que continue l’appel, toute comme l’équipe de base a été elle-même appelée. L’appel s’adresse aussi à des personnes à côté de la Communauté. L’appel peut conduire à fractionner une charge, à partir des disponibilités des personnes. Il est la première initiative d’une Communauté.

Le délégué est en relation avec là ou les municipalité(s) et s’attache à garder une bonne entente avec elles(s), car la foi est plus grande que les choix politiques et elle travaille avec tous ceux qui veulent le progrès de l’homme dans le sens voulu par Dieu. Ainsi l’exercice de la charité entre en contact avec d’autres organismes que ceux de l’Eglise. Inscrire la vie de sa Communauté parmi la vie associative donne un signe de collaboration.


5- Le responsable de la vie matérielle

Qu’un groupe humain gère ses affaires, c’est assez normal et n’a rien de surprenant ! Le problème chrétien réside dans la manière de le faire ! L’argent est au service de l’Evangile et de la charité. “Selon les règles du diocèse” précise le dialogue de l’institution du trésorier.

La situation matérielle des Communautés locales est très différente de l’une à l’autre. Mais un point commun est identique pour toutes : les orientations et la gestion principale se fait au Secteur, même si une Communauté gère un fond de roulement. Là aussi la communion est première.

Il est normal que la Communauté locale soit tenue clairement et complètement au courant de la situation matérielle. En cas de problème, l’équipe de base en débat et le trésorier transmet au Secteur (Conseil pour les Affaires Economiques du Secteur).

Responsable de la vie matérielle, il veille à la propreté et à l’ouverture de l’église : une église accueillante est un premier signe du Christ. Il veille aussi à l’usage des salles, s’il y en a. Il propose de mettre en valeur l’église, en particulier par des contacts avec la Commission Diocésaine d’Art Sacré ou, pour en décrire l’histoire, avec l’Association PARVIS (Patrimoine Religieux Vienne - deux-Sèvres).

Il arrive qu’une Communauté ait un peu d’argent de réserve. Le garder pour elle sans qu’il serve est un contre-témoignage. L’Evangile est clair là-dessus : “Amassez pour le Royaume de Dieu” (Lc 12,21). L’instinct de propriété, si humain, a besoin d’être converti en solidarité, d’abord au niveau du Secteur. La générosité est un rappel constant de l’Evangile. Pour éviter tout excès, en gardant tout ou en dilapidant, le trésorier suit les règles du diocèse et en parle avec l’Equipe de base.


6- La charge de l'annonce de la foi

L’annonce de la foi est une charge beaucoup plus large que celle de la catéchèse des enfants. Si les livres de catéchèse, les programmes, sont choisis par l’ensemble du Secteur, il reste qu’une Communauté locale doit commencer par faire état des mentalités religieuses des hommes parmi lesquels elle vit. Les mentalités sont marquées par une histoire locale dont les événements heureux ou malheureux rapprochent ou éloignent de la connaissance du Christ.

L’annonce de la foi passe parfois par une longue patience, celle de Nazareth, où le compagnonnage avec les autres avance sur le chemin de la vie, comme le Christ marche avec les disciples d’Emmaüs.

Il s’agit donc de créer un cadre de confiance où devenir chrétien apparaîtra d’abord comme possible. Ensuite, la Communauté est appelée à se convertir elle aussi à l’Evangile, donc à s’efforcer à une plus grande fidélité, à renoncer à ce qui l’écarte du Christ. Porter l’Evangile aux autres nous évangélise nous-mêmes. C’est dans cet effort de devenir meilleur chrétien que s’intègrent les enfants, les jeunes et les adultes qui découvrent l’Evangile.

La catéchèse des enfants est le lieu d’un “va-et-vient” avec le Secteur, car il est bon qu’ils rencontrent d’autres camarades de leur âge et qu’ils témoignent, chez eux, de la joie de connaître le Christ.

La plupart du temps, les jeunes sont réunis au Secteur, en groupes, en aumônerie, en Mouvements : la Communauté locale doit être tenue au courant de ce qui leur est proposé et les inviter à expliquer ce qu’ils vivent comme à participer à la vie de la Communauté.

Il arrive que des adultes demandent le baptême ou à redécouvrir la foi. La personne chargée de l’annonce de la foi accueille cette demande, trouve une petite équipe d’accompagnement. Elle avertit le prêtre et par lui, le Service diocésain du catéchuménat.

Cette charge d’annoncer la foi se doit d’être en lien avec les Mouvements pour les enfants et les jeunes. La formation se fait avec le Secteur.


7- La charge de la prière

Dans cette charge, la personne responsable coordonne souvent plusieurs équipes : chorale, équipes liturgiques, équipe du Rosaire, etc... En certains endroits, elle anime aussi la participation des enfants au service de la prière autour de l’autel. Beaucoup d’initiatives sont déjà prises en ce domaine.

Il est important de porter dans la prière la vie de la Communauté locale, mais aussi d’élargir les perspectives à tout ce qui constitue la vie des hommes qui entourent la Communauté : leurs joies, leurs difficultés. La prière est un acte très concret : il suffit de relire les psaumes pour s’en rendre compte.

La Bible est une excellente école de prière : une prière fortement inscrite dans l’histoire. Une prière nourrie de l’Alliance et que le Christ fait sienne. Un adolescent disait : “Prier, c’est dire à Dieu les mots de Dieu”. Admirable définition ! Lire la Parole de Dieu est source de prière.

Alors prier prend dans ses mains toute l’existence humaine pour la présenter à Dieu et regarder l’action de Dieu pour en pénétrer la vie. Prenez le temps de voir ce que le Christ a fait pendant sa vie. L’Evangile est source de prière.

Revenir à l’Evangile, c’est placer le Christ au centre de notre prière. Toute prière est articulée autour de Lui : “Par notre Seigneur Jésus Christ”. Ainsi la prière est sûre de rester dans la fidélité à l’Eglise. Elle ne risque pas de s’égarer en des dévotions trop affectives ou secondaires dans lesquelles ne se reconnaît pas une foi exacte. Il importe de discerner parmi toutes les propositions, celles qui conduisent à l’essentiel de la foi. Une réflexion en Secteur est ici indispensable.

La charge de la prière propose déjà, pour des jours particuliers (11 novembre, fête d’un saint local...) des temps de prière. La Communauté se montre alors comme un groupe de croyants qui intercède pour tous. Dans l’ordinaire des jours, ce témoignage se manifeste par une église ouverte, accueillante, avec un “coin prière”. Des feuilles sur lesquelles sont imprimées des textes de prière, des phrases de l’Ecriture, sont mises à la disposition de ceux qui entrent. Allumer un cierge ou une veilleuse est un geste respectable qui demande cependant à être expliqué dans le sens de l’Evangile : offrir sa vie en “vivante prière”.


8- La charge de la charité

Un regard et des mains : la personne chargée de la charité ne peut tout faire ! Elle coordonne surtout différentes équipes : Secours Catholique, CCFD, Service évangélique des malades... Ce qui lui revient en propre, c’est d’aider à voir, à découvrir, les détresses des hommes qui vivent parmi les membres de la Communauté. Les blessures de la vie, souvent cachées, appellent une grande délicatesse.

Voir ces blessures, c’est aussi faire voir : la Communauté chrétienne ne peut se contenter de déléguer à quelques-uns l’attention aux pauvres et aux hommes qui souffrent. C’est le souci même de toute la Communauté. La charité est la vie même de l’Eglise. Quelle place faisons-nous aux pauvres parmi nous ?

Les différentes équipes sont comme les “mains” de la Communauté. Elles agissent en son nom. Elles travaillent avec les autres associations ou services locaux (CCAS...) afin d’unir les forces pour vaincre l’exclusion. Cette coordination conduit à une réflexion en Secteur pastoral et aussi à des actions concertées.

Dans les rencontres des personnes qui exercent cette mission de solidarité, il y aura souvent à porter ensemble des peines, des soucis, des impuissances à soulager une misère. Car le contact avec la souffrance est parfois usant. La Communauté est un lieu où l’on porte ensemble les peines, où on se réconforte afin de mieux servir.

Beaucoup de Communautés locales prennent de nombreuses initiatives très simples mais efficaces, car bien ajustées à la situation. C’est un grand signe de vitalité auquel peuvent être associées des personnes peu croyantes et des jeunes. La charité travaille avec tous “les hommes de bonne volonté”.

L’exercice de la charité conduit à l’accueil et à l’écoute. Même quand on ne peut guérir une misère, il reste possible de traiter l’autre en frère.

(juin 2000)

Posté par interparoissial à 10:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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